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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Capitales et villes d'Europe

Londres, façades victoriennes et ciel changeant

Un ciel couvert est une source de lumière de la taille de la ville. Il supprime les ombres, sature les briques et les feuillages, et rend enfin lisibles les façades les plus chargées. En échange, il donne un ciel blanc dont il faut savoir quoi faire.

Capitales et villes d'Europe

Alignement de maisons de brique rouge à bow-windows sous un ciel gris uniforme, la couleur de la brique ressort sans aucune ombre portée
Sans ombre, la brique retrouve sa vraie couleur et le détail des moulures redevient lisible d'un bout à l'autre de la façade.

Londres se situe à près de cinquante et un degrés et demi de latitude nord. En décembre, le soleil n'y monte pas au-delà d'une quinzaine de degrés au-dessus de l'horizon à midi, ce qui revient à dire que la lumière reste rasante toute la journée. En juin, à l'inverse, le jour dure plus de seize heures et les crépuscules s'étirent longuement. Peu de villes offrent un tel écart entre deux saisons.

Le second trait est la couverture nuageuse, fréquente et souvent uniforme. Il ne faut pas la voir comme un handicap : un ciel entièrement couvert fonctionne exactement comme une immense boîte à lumière. La source devient large, très douce, et les ombres disparaissent presque complètement. Pour une architecture ornée de moulures, de corniches et de balustres, c'est la lumière qui montre le plus de choses.

Ce que le ciel couvert donne, et ce qu'il prend

Il donne trois choses. La saturation d'abord : les briques rouges, les portes peintes et les feuillages retrouvent une couleur franche que le soleil délave. La lisibilité ensuite : aucune zone n'est perdue dans une ombre noire. La régularité enfin : la lumière est la même à onze heures et à quinze heures, ce qui permet de travailler toute la journée sans courir après une fenêtre horaire.

Il prend une chose, mais elle est de taille : le modelé. Sans ombre, les volumes s'aplatissent et une rue peut paraître sans relief. La parade consiste à chercher soi-même la profondeur, par les plans successifs, par un premier plan sombre, par la perspective d'une rue en courbe. C'est la même compensation que celle décrite sur les côtes du nord-ouest de la France, dans la page sur la lumière changeante du littoral breton.

Ce qu'il faut regarder par temps couvert

  • La place du ciel dans le cadre. Blanc et sans détail, il doit être réduit au minimum ou exclu complètement.
  • Les surfaces mouillées. Trottoir, pavé, capot de voiture : elles renvoient le ciel et deviennent les zones claires de l'image.
  • Les couleurs franches. Une porte peinte, un bus, un parapluie : par temps gris, une seule tache colorée porte toute l'image.
  • Les intérieurs éclairés. Vitrines, pubs, gares : l'écart avec l'extérieur est faible, donc les deux tiennent dans la même photo.

Une architecture faite pour être lue de près

Les quartiers victoriens alignent des façades de brique rythmées par des bow-windows, des corniches et des encadrements de pierre claire. Photographiées de loin, ces rues se ressemblent toutes. Photographiées de près, elles montrent une variation constante dans les détails : couleur des portes, ferronneries, motifs de brique.

Le travail se rapproche alors de celui que demandent les façades ornées d'Europe centrale, où le relief est le vrai sujet et où le cadrage serré s'impose. La méthode est développée dans la page sur l'ornement baroque de Vienne et de Prague, avec une différence : là-bas, il faut une lumière rasante; ici, la lumière diffuse suffit.

Porte peinte d'une couleur vive encadrée de pierre claire, marches de perron humides et heurtoir de laiton
Par ciel gris, une porte colorée devient le seul point saturé du cadre : c'est suffisant pour tenir une image.
Quai le long d'un fleuve dans une brume légère, silhouettes de passants et arche de pont qui pâlit au fond
La brume urbaine sépare les plans et donne à une ville plate la profondeur qui lui manque.

Deux villes, deux lumières

Dublin, à l'ouest, reçoit un régime plus océanique encore : les averses y sont plus fréquentes mais les éclaircies plus franches, et les façades géorgiennes de brique sombre avec leurs portes colorées y prennent une intensité particulière juste après la pluie. Les deux capitales partagent la même architecture de brique et le même problème de ciel blanc, mais Dublin offre plus souvent des trouées de lumière brèves et directionnelles.

Cette instabilité, avec ses ombres qui courent sur le paysage, est celle de toute l'île : elle est décrite dans la page sur les falaises irlandaises sous un ciel mouvant, où le vert saturé remplace la brique.

Que faire selon le type de ciel
CielQualité de la lumièreSujets à privilégier
Couvert uniformeTrès douce, sans directionFaçades, détails, portraits, parcs, marchés
Couvert avec trouéesAlternance rapide de dur et de douxPlaces, monuments isolés éclairés par une trouée
Après la pluieRéflexions au sol, air lavéRues, reflets, circulation, lumières de vitrines
Ciel dégagé d'hiverRasante toute la journéePerspectives de rues, façades sud, brumes de fleuve

Un principe qui voyage

Une lumière sans direction n'est pas une lumière absente : elle change ce qu'il est possible de photographier, pas la possibilité de photographier. C'est la lumière que recherchent les photographes de fleurs, pour des raisons identiques de saturation et de douceur, comme l'explique la page sur les rouges de l'automne québécois, où le ciel voilé est le meilleur allié des feuillages.

Et pour un exercice urbain où c'est au contraire l'équilibre entre deux sources qui compte, la page sur les ponts de la Seine au crépuscule propose la démarche inverse, à l'heure et à la minute près.

À voir ensuite

Pour rester dans la rubrique avec des villes plus ornées, la page sur Vienne et Prague montre ce que devient la photographie de façade quand le relief prend le pas sur la couleur.

Pour la campagne du même archipel, avec ses verts saturés et ses ciels instables, la page sur l'Irlande et ses falaises prolonge naturellement cette page.