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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Capitales et villes d'Europe

Irlande, le vert des falaises sous un ciel mouvant

Sur la côte ouest, il n'y a presque pas d'arbres pour arrêter le regard : on voit les ombres des nuages avancer sur les prairies pendant plusieurs kilomètres. La photographie y devient une affaire de prévision plutôt que de découverte.

Capitales et villes d'Europe

Falaises verticales couvertes d'herbe rase plongeant dans l'océan, l'ombre d'un nuage avance sur la prairie pendant qu'une trouée éclaire le cap suivant
Les caps successifs ne se distinguent que par leur éclairage : celui qui est dans la lumière devient le sujet.

L'Irlande se trouve entre cinquante et un et cinquante-cinq degrés de latitude nord, en plein sur la trajectoire des perturbations atlantiques. Le climat océanique y produit une alternance très rapide d'averses et d'éclaircies, parfois plusieurs fois par heure. Les falaises de Moher, sur la côte ouest du Clare, dominent l'océan de plus de deux cents mètres à leur point le plus haut et s'étirent sur environ quatorze kilomètres.

Cette géographie a une conséquence directe : la végétation est rase, faite de prairies et de landes, sans écran d'arbres. On voit donc arriver les nuages et surtout leurs ombres, ce qui transforme complètement la façon de travailler. Le photographe ne cherche plus un cadre puis une lumière : il choisit un cadre et attend que la lumière y passe.

Attendre une trouée, et savoir laquelle

Toutes les trouées ne se valent pas. Celle qui éclaire l'ensemble du paysage aplatit l'image autant qu'un grand beau temps. Celle qui n'éclaire qu'une portion, un cap, une prairie, une bande de mer, désigne un sujet et laisse le reste dans une ombre profonde : c'est celle qu'il faut.

Ce travail d'anticipation est le même que sur les littoraux du nord-ouest de la France, où l'on suit l'arrivée d'un grain depuis l'ouest, décrit dans la page sur la côte bretonne et sa lumière mouvante. La différence tient au relief : sur une falaise irlandaise, on domine la scène et l'on voit venir l'ombre de très loin.

Ce qu'il faut regarder sur une côte atlantique

  • La direction du vent. Elle indique par où arrivent les trouées et à quelle vitesse elles traverseront le paysage.
  • La couleur de l'herbe. Le vert d'une prairie sous ciel voilé est saturé; sous un soleil direct, il devient jaune et dur.
  • La mer au pied de la falaise. Blanche d'écume par gros temps, elle donne le point le plus clair de l'image.
  • Le bord de falaise. Il est souvent sapé par en dessous : la sécurité passe avant le cadrage, sans exception.

Le vert, une couleur qui dépend du ciel

Le vert de l'herbe irlandaise doit sa réputation à la lumière autant qu'à la pluie. Sous un ciel voilé, la lumière diffuse sature les feuillages et les prairies : c'est la meilleure condition pour photographier une couleur végétale. Sous un soleil direct, une partie du rayonnement se réfléchit à la surface des feuilles et délave la couleur.

Le même phénomène explique pourquoi les forêts d'automne se photographient mieux par temps couvert, question développée dans la page sur les rouges de l'été indien québécois. Vert ou rouge, une masse végétale demande une lumière large et douce pour rendre sa couleur.

Murets de pierres sèches découpant des prairies en petits enclos, un mouton isolé donne l'échelle sous un ciel bas
Les murets de pierres sèches quadrillent le paysage et fournissent les lignes que la lande ne donne pas.
Tourbière aux mares d'eau noire dans une lande brune, une trouée de lumière éclaire une bande d'herbe au fond
Sur une tourbière, l'eau noire renvoie le ciel et devient la seule zone claire d'un paysage sombre.

Composer un paysage sans point d'appui

Une lande rase manque de repères. Trois éléments servent régulièrement d'ancrage : les murets de pierres sèches qui découpent les prairies en enclos minuscules, les ruines de pierre, chapelles ou fermes abandonnées, et les moutons, qui donnent l'échelle sans effort. Sans l'un de ces éléments, une prairie photographiée reste une surface verte.

Sur la falaise elle-même, le problème est différent : la verticalité est telle qu'il faut un repère pour la rendre. Une silhouette au bord, un oiseau, un rocher détaché de la falaise. Ce besoin d'échelle est le même que devant n'importe quel grand volume, y compris minéral, comme le rappelle la page sur les paysages du monde photographiés au grand angle.

Ce que chaque situation météorologique permet
SituationEffet sur le paysageCe qu'il faut photographier
Ciel voiléVerts saturés, contraste faiblePrairies, murets, détails de lande
Ciel de traîneOmbres mobiles, taches de lumièreCaps successifs, falaises, mer éclairée
Après une averseAir lavé, roche mouillée, arc-en-ciel fréquentVues larges, contrastes de couleur
Brume de merPlans effacés, silhouettesAmbiances, ruines, phares

Un principe qui voyage

Quand la lumière change plus vite que le photographe ne se déplace, la seule stratégie possible est de se poster. C'est la même discipline que celle de la macrophotographie, où l'on attend que le vent tombe pendant que le cadre est déjà fait : la page sur la macrophotographie des fleurs décrit cette attente à trente centimètres du sol.

À voir ensuite

Pour la version urbaine du même climat, avec ses briques et ses ciels blancs, la page sur les façades victoriennes de Londres traite de la lumière diffuse en ville.

Et pour une côte française soumise au même flux atlantique, mais avec un marnage qui change le paysage toutes les six heures, la page sur la Bretagne et sa lumière changeante complète bien celle-ci.