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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Capitales et villes d'Europe

Vienne et Prague, l'ornement baroque en photo

Une façade baroque porte des dizaines de reliefs de quelques centimètres : volutes, guirlandes, frontons, atlantes. Photographiés de face en pleine lumière, ils disparaissent. Tout le travail consiste à trouver l'angle sous lequel ils recommencent à exister.

Capitales et villes d'Europe

Façade ornée de stuc, guirlandes et frontons, éclairée par une lumière rasante de fin de journée qui creuse chaque relief
Un relief de trois centimètres ne se voit que si la lumière arrive presque parallèlement au mur.

Vienne et Prague se situent autour du quarante-huitième et du cinquantième parallèle nord, à quelque trois cents kilomètres l'une de l'autre. Elles partagent un climat continental, des hivers marqués et, surtout, un héritage architectural commun : des centres anciens où le baroque et ses prolongements couvrent les façades d'un modelé continu.

Ce modelé est le sujet. Or il est fait de reliefs très faibles, souvent quelques centimètres de saillie sur des murs de dix mètres. La règle optique est sans appel : plus le relief est faible, plus la lumière doit être rasante pour le révéler. À midi, une façade richement ornée devient une surface plate; en fin de journée, la même façade se met à respirer.

Choisir la rue en fonction de l'heure

Dans un centre ancien, les rues sont étroites et les façades ne reçoivent le soleil que pendant une partie de la journée. La méthode consiste à repérer l'orientation des places et des grandes artères, puis à y revenir à l'heure où la lumière arrive de biais. Une place orientée est-ouest offre deux créneaux, un le matin sur la façade nord, un le soir sur la façade sud.

Cette lecture par orientation est celle de toutes les villes de pierre, et elle vaut aussi bien pour des remparts que pour des palais. Le principe ne change jamais : d'abord le mur, ensuite l'heure.

Ce qu'il faut regarder sur une façade ornée

  • La profondeur du relief. Un fronton se voit de loin, une guirlande de stuc demande un cadrage serré et une lumière très basse.
  • La couleur de l'enduit. Ocre, vert d'eau, rose : elle change complètement la couleur des ombres portées.
  • La toiture. Tuiles rouges à Prague, cuivre oxydé sur les coupoles : deux couleurs qui structurent une vue générale.
  • Les verticales. Photographier une façade en levant l'appareil fait fuir les lignes : mieux vaut reculer et cadrer serré.

Le détail plutôt que la vue générale

Une vue d'ensemble de rue baroque contient trop d'informations pour être lisible : chaque façade se dispute l'attention. Le cadrage serré résout ce problème. Un atlante, une console, un cartouche, un angle de balcon : le sujet devient un fragment, et le style se lit mieux dans le fragment que dans la totalité.

Ce déplacement vers le détail, quand le sujet est saturé d'informations, est la même décision que celle prise dans une rue de marché trop dense, décrite dans la page sur les portraits et les couleurs du quotidien indien. Retirer plutôt qu'ajouter, dans les deux cas.

Mer de toits de tuiles rouges vue en plongée, lucarnes et cheminées projettent des ombres courtes en fin de matinée
Vus d'en haut, les toits deviennent un motif : les lucarnes donnent le rythme et les cheminées la profondeur.
Statue d'atlante soutenant un balcon, l'épaule et le visage éclairés de côté, le reste du portail dans l'ombre
Sur une sculpture, la lumière latérale sépare le muscle du fond : de face, tout se confond.

Ce que l'hiver apporte

Sous ces latitudes, le soleil d'hiver ne dépasse guère vingt degrés de hauteur à midi. Cela signifie que la lumière est rasante toute la journée, ce qui est une aubaine pour une architecture de relief. À cela s'ajoutent la neige, qui renvoie de la lumière vers le bas des façades et remplit les ombres, et les brumes de fleuve, qui séparent les plans dans les vues générales.

Il faut en revanche compter avec des journées très courtes et un ciel souvent bas. L'heure bleue arrive tôt, parfois avant seize heures en décembre, ce qui laisse largement le temps de photographier les places éclairées. La méthode de cette fenêtre courte est détaillée dans la page sur les ponts de la Seine au crépuscule.

Quelle lumière pour quel type d'ornement
SujetLumière nécessaireCadrage
Stuc et guirlandesRasante, presque parallèle au murSerré, capteur parallèle à la façade
Statues et atlantesLatérale, à quarante-cinq degrésPortrait, fond sombre si possible
Coupoles de cuivreCiel dégagé, lumière du soirTéléobjectif depuis un point haut
Places et perspectivesDiffuse ou heure bleueLarge, verticales redressées

Un principe qui voyage

Une lumière rasante fait exister un relief faible, quelle qu'en soit l'échelle : trois centimètres de stuc, trente centimètres de muret, trois mètres de dune. C'est le même mécanisme que dans un jardin dessiné, où les broderies de buis n'apparaissent qu'au ras du sol, exposé dans la page sur la symétrie des jardins de Versailles.

Il vaut aussi pour les architectures très colorées d'Europe orientale, où l'ornement passe par la peinture autant que par la sculpture : la page sur les coupoles et les couleurs de Moscou en donne un exemple frappant.

À voir ensuite

Pour la lumière diffuse et ce qu'elle permet sur des façades plus sobres, la page sur les briques victoriennes de Londres constitue le contrepoint direct de cette page.

Et pour une façade où la couleur remplace complètement le relief, la page sur les azulejos portugais et les falaises de Madère montre comment traiter une surface plane et motivée.