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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

La France en images

Paris, les ponts de la Seine au crépuscule

Il existe chaque soir une fenêtre d'une vingtaine de minutes pendant laquelle l'éclairage public et la lumière du ciel ont la même intensité. Avant, les lampadaires ne servent à rien. Après, le ciel est noir et l'image devient plate. Tout se joue là.

La France en images

Pont de pierre à arches se reflétant dans la Seine à l'heure bleue, les lampadaires allumés dessinent une ligne de points dorés sur un ciel encore bleu
Le ciel encore bleu et l'éclairage déjà allumé : c'est l'équilibre entre les deux qui fait la photographie, pas la nuit.

Paris se situe à près de quarante-neuf degrés de latitude nord. À cette latitude, le soleil se couche obliquement et le crépuscule s'étire : en juin, plus d'une heure sépare le coucher du soleil de la nuit complète, contre une quarantaine de minutes en Méditerranée. Cette lenteur est une chance, car elle allonge la fenêtre pendant laquelle le ciel garde une couleur exploitable.

La Seine traverse la ville d'est en ouest en décrivant une large courbe. Les ponts sont donc, pour la plupart, orientés nord-sud, ce qui a une conséquence directe : le soleil couchant se place dans l'axe du fleuve, en aval, et non derrière les ponts. On peut ainsi photographier un pont de trois quarts avec un ciel coloré en arrière-plan, sans avoir la source dans le cadre.

La fenêtre de vingt minutes

L'heure bleue commence lorsque le soleil est passé sous l'horizon et que le ciel bascule vers un bleu profond, encore lumineux. Pendant ce court moment, l'éclairage urbain, allumé depuis peu, atteint une intensité comparable à celle du ciel. L'écart de luminosité entre les deux devient assez faible pour tenir dans une seule image, ce qui est impossible en plein jour comme en pleine nuit.

Cette fenêtre dure une vingtaine de minutes en été, un peu moins en hiver. Elle se prépare : il faut être en place au moins un quart d'heure avant, cadre choisi, appareil stable, parce qu'on ne fera pas trois points de vue différents. La même contrainte s'applique aux villes fortifiées du sud, où l'éclairage des remparts prend le relais du soleil, comme le décrit la page sur les remparts de La Valette en fin de journée.

Ce qu'il faut regarder avant de poser le trépied

  • Le sens du courant. Il détermine de quel côté les reflets s'étirent et où se placent les bateaux immobiles.
  • Le niveau du fleuve. En crue, les quais bas disparaissent et les points de vue au ras de l'eau deviennent inaccessibles.
  • Le vent. Au-dessus de quinze kilomètres par heure, la surface se ride et les reflets se transforment en traînées floues.
  • La couleur de l'éclairage. Certaines rives sont éclairées en blanc froid, d'autres en jaune chaud : les mélanger dans un même cadre complique la balance des blancs.

Trois points de vue qui fonctionnent

Le premier est le quai bas, au niveau de l'eau. On y gagne les reflets complets et une perspective plongeante sous les arches, mais on perd la ville derrière. Le deuxième est le pont voisin, qui permet de photographier un ouvrage de trois quarts avec le fleuve en diagonale : c'est la composition la plus lisible. Le troisième est le pont lui-même, en photographiant la perspective des lampadaires, sujet graphique où l'architecture disparaît au profit du rythme.

La distance entre le Pont Neuf et le pont Alexandre III se parcourt à pied en une demi-heure environ, ce qui laisse le temps de repérer plusieurs cadres dans l'après-midi et de choisir avant le crépuscule. Le repérage préalable est la moitié du travail : personne ne compose correctement dans la précipitation d'une lumière qui tombe.

Vue depuis un quai bas, une arche de pierre encadre le fleuve et le reflet d'un lampadaire s'étire verticalement dans l'eau
Depuis le quai bas, l'arche devient un cadre dans le cadre et le reflet remplit la moitié inférieure de l'image.
Pavage mouillé après une averse, chaque lumière de la rue s'y dédouble en traînée verticale, silhouettes floues au fond
Un pavé mouillé double chaque source lumineuse : après une averse, la ville produit deux fois plus de lumière.

Ce que la pluie apporte

Une averse de fin d'après-midi est une bonne nouvelle. Le pavé mouillé devient réfléchissant, les lumières se dédoublent, et l'air lavé de ses poussières donne des couleurs plus franches. Les nuages en cours de dislocation ajoutent au ciel une structure que le bleu uniforme n'a pas. C'est souvent le meilleur soir de la semaine, et c'est précisément celui où l'on reste chez soi.

La séquence du soir, du coucher à la nuit
MomentÉtat du cielCe que l'on obtient
Trente minutes avant le coucherLumière chaude et rasante sur les façadesPierre dorée, ombres longues, fleuve encore vert
Au coucherCiel rouge ou orangé en avalSilhouettes de ponts contre le ciel
Vingt à quarante minutes aprèsHeure bleue, éclairage à l'équilibreLa photographie complète, ciel et lumières ensemble
Nuit complèteCiel noir, contraste très fortDétails éclairés isolés, reflets, sujets graphiques

Un principe qui voyage

L'heure bleue n'est pas un effet, c'est un équilibre entre deux sources. Toute ville éclairée le permet, à condition d'accepter d'y être vingt minutes et pas trois heures. Les capitales d'Europe centrale, avec leurs façades ornées et leurs places pavées, offrent le même exercice sur des architectures plus chargées, comme le montre la page sur l'ornement baroque de Vienne et de Prague.

Il se pose aussi dans les villes du Nord où le ciel reste couvert : la lumière artificielle y prend le dessus plus tôt dans l'après-midi, phénomène décrit dans la page sur les façades victoriennes de Londres et leur ciel changeant.

À voir ensuite

Pour replacer ce travail dans l'ensemble du pays, la page sur le patrimoine français vu par la lumière explique pourquoi la durée du crépuscule change autant du nord au sud.

Et pour un sujet fixe, orienté, où l'heure se déduit d'un plan dessiné il y a trois siècles, la page sur les jardins de Versailles et leur symétrie propose l'exercice inverse de celui du fleuve.