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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Moyen-Orient et Afrique du Nord

Égypte, les pyramides à l'heure dorée

À la dernière heure du jour, le sable du plateau et le calcaire des pyramides prennent la même teinte. Le monument perd alors ses arêtes, se fond dans son socle, et le photographe se retrouve avec un problème que personne n'attend là : celui de l'échelle.

Moyen-Orient et Afrique du Nord

Arête d'une grande pyramide de pierre coupant le cadre en diagonale, le sable du plateau et le monument prennent la même teinte dorée en fin de journée
Quand la pierre et le sable se rejoignent en couleur, seule l'arête éclairée sépare encore le monument de son sol.

Le plateau de Gizeh se trouve à trente degrés de latitude nord, à la lisière ouest de l'agglomération du Caire. Les trois grandes pyramides y sont alignées selon un axe nord-est sud-ouest et orientées face aux points cardinaux. Cette orientation est une donnée photographique de premier ordre : elle signifie qu'à chaque heure de la journée, deux faces sont éclairées et deux faces sont dans l'ombre, et que l'arête qui les sépare est la ligne la plus forte de l'image.

La deuxième donnée est le matériau. Le noyau est en calcaire local, dont la teinte est proche de celle du sable environnant. En pleine journée, tout devient uniformément beige et l'image s'aplatit. À l'heure dorée, la lumière traverse davantage d'atmosphère, se charge de rouge, et cette uniformité devient encore plus marquée : la face éclairée passe à l'orange, la face à l'ombre au bleu par réflexion du ciel.

Le vrai sujet est l'échelle, pas la forme

La grande pyramide dépasse cent trente mètres de haut. Photographiée seule sur un fond de sable et de ciel, elle peut aussi bien mesurer dix mètres : rien dans l'image ne le dit. C'est le défaut principal des photographies de Gizeh, et il n'a rien à voir avec la lumière.

La solution est toujours la même : introduire un élément de taille connue. Un groupe de personnes au pied du monument, un chameau, un véhicule, une porte. Placé au bon endroit, un sujet de deux mètres de haut donne instantanément sa mesure à un volume de cent trente mètres. Ce raisonnement est développé sur des paysages entiers dans la page consacrée aux grands espaces de l'Ouest américain, où un simple arbre au premier plan sauve un canyon de plusieurs kilomètres.

Ce qu'il faut regarder sur le plateau

  • L'arête éclairée. C'est elle qui donne le volume. Se placer de façon à la voir traverser le cadre en diagonale, jamais de face.
  • La brume de sable. Fréquente en fin de journée, elle pâlit les monuments lointains et sépare enfin les trois pyramides les unes des autres.
  • Le premier plan. Les dunes basses, les blocs éboulés et les tombes secondaires donnent une entrée dans l'image.
  • Le vent de sable. Il monte souvent l'après-midi et transforme la lumière en un voile orange uniforme, sujet à part entière.

Quatre heures utiles par jour

La lumière du plateau est violente et frontale pendant l'essentiel de la journée. Les deux fenêtres exploitables se situent dans les quatre-vingt-dix minutes qui suivent le lever et dans les quatre-vingt-dix minutes qui précèdent le coucher. Le matin, la face est s'éclaire et le Caire, à l'arrière-plan, reste dans une brume bleutée qui sépare bien le monument de la ville. Le soir, la face ouest prend l'orange le plus soutenu, mais la poussière urbaine est à son maximum.

Entre les deux, il reste beaucoup à faire, à condition de changer d'échelle. Les blocs de parement, les joints, les traces d'outils et les tombes creusées dans la roche se photographient très bien en lumière dure, parce que le contraste y devient un allié plutôt qu'un obstacle. Le même déplacement du regard, du monument vers la matière, est décrit dans la page sur la pierre de Jérusalem en lumière rasante.

Empilement de blocs de calcaire taillés vus de près, la lumière dure creuse chaque joint et révèle les traces d'outils
En pleine journée, on abandonne le monument pour la matière : le contraste dur sculpte les blocs.
Crête de dune ondulée par le vent, les rides du sable projettent de fines ombres parallèles sous un soleil bas
Les rides du sable fonctionnent comme les murets d'une terrasse : elles n'existent qu'en lumière rasante.

Composer un espace vide

Autour des pyramides, l'espace est nu. Cette nudité est une chance pour la composition : elle laisse le photographe organiser le cadre à partir de très peu d'éléments. Trois choix reviennent constamment. Le premier consiste à aligner deux pyramides pour que la plus petite se détache sur la face de la plus grande, ce qui crée une profondeur immédiate. Le deuxième place l'horizon très bas et donne les deux tiers du cadre au ciel, ce qui n'a d'intérêt que si ce ciel est coloré. Le troisième, plus rare, supprime le ciel et travaille l'arête sur fond de sable, en composition presque abstraite.

Face éclairée, face à l'ombre, selon le moment
MomentFaces éclairéesCe que cela permet
Lever et première heureEst, puis est et sudArête sud-est très marquée, ombres longues sur le sable
Milieu de journéeSud, lumière presque verticaleVolumes écrasés, passer aux détails et aux tombes
Milieu d'après-midiSud et ouestRetour du modelé, brume de sable qui monte
Dernière heureOuestCouleur maximale, silhouettes de chameaux et de visiteurs

Un principe qui voyage

Un monument simple dans un espace vide se traite comme un objet en studio : on choisit l'angle de la lumière, on choisit un fond, on ajoute un repère d'échelle. C'est la même démarche qu'en macrophotographie, où le sujet est minuscule mais le raisonnement identique, comme le montre la page sur les fleurs photographiées en gros plan.

Quant au principe de la lumière rasante qui fait apparaître un relief faible, il se rejoue partout, des rides de dunes aux murets des rizières en terrasses, avec la même fenêtre horaire de quelques dizaines de minutes.

Trois pyramides alignées vues de loin, celle du fond pâlie par une brume de sable, sillons du désert au premier plan
La brume de sable rend le même service que la brume d'eau ailleurs : elle éloigne le troisième plan.

À voir ensuite

Pour rester dans la même rubrique avec un terrain radicalement différent, la page sur les ruelles de médina au Maroc passe de l'espace ouvert au couloir de deux mètres de large, où toute la lumière tombe d'en haut.

Et pour une ville entière bâtie dans une pierre unique, très proche de celle de Gizeh, la page sur les calcaires de Jérusalem montre comment une même matière change de couleur au fil des heures.