L'archipel maltais se trouve à trente-cinq degrés de latitude nord, au sud de la Sicile, sur un socle entièrement calcaire. La pierre utilisée pour la construction, une globigérine tendre et facile à tailler, passe du beige clair à un jaune de miel en vieillissant à l'air. Toute la ville étant bâtie dans ce matériau, la question photographique se réduit à une seule : sous quel angle cette pierre montre-t-elle sa taille ?
La réponse est toujours la même. En lumière frontale, un rempart devient une surface plate, sans épaisseur, où l'œil ne distingue plus les assises. En lumière rasante, chaque bloc projette une ombre de quelques millimètres, les joints réapparaissent, les meurtrières se creusent, et le mur retrouve les quatre siècles de travail qu'il contient.
Une ville en trois orientations
La Valette occupe une presqu'île étroite entre deux ports naturels, l'un au nord-ouest, l'autre au sud-est. Ce plan très simple donne au photographe un calendrier lisible. Les fortifications tournées vers le sud-est se photographient le matin, celles qui regardent le nord-ouest en fin de journée, et les bastions de la pointe reçoivent la lumière deux fois.
Cette lecture par orientation est la clé de toute ville de pierre unique. Elle vaut à l'identique pour une vieille ville de calcaire blond du Levant, comme l'expose la page sur la pierre de Jérusalem en lumière rasante : dans les deux cas, on choisit un mur avant de choisir une heure.
Ce qu'il faut regarder à La Valette
- La hauteur du bastion. Photographié depuis l'eau, il paraît immense; depuis le haut de la ville, il disparaît presque.
- Le contre-fort en biais. Les faces obliques prennent la lumière avant les faces droites et servent de transition entre l'ombre et le soleil.
- Les rues en pente. Beaucoup de rues descendent en escalier vers le port et cadrent une bande de mer au fond.
- Les balcons de bois clos. Peints en vert, en rouge ou en bleu, ils apportent la seule couleur franche sur des façades uniformes.
La dernière heure et la suivante
Sur un sujet minéral, l'heure dorée n'est pas la fin du travail mais le début. Quand le soleil disparaît, la pierre continue de renvoyer de la chaleur et prend une teinte rose soutenue pendant une dizaine de minutes. Ensuite vient l'heure bleue, pendant laquelle l'éclairage public des remparts et la lumière résiduelle du ciel s'équilibrent : les murs restent lisibles, le ciel reste coloré, et les reflets s'installent dans le port.
Cette fenêtre d'une vingtaine de minutes est la même que celle qui rend possible la photographie des ponts d'une capitale fluviale, décrite dans la page sur les ponts de la Seine au crépuscule. Le principe est identique : on attend que l'écart entre le ciel et l'éclairage artificiel devienne assez faible pour tenir dans une seule image.
Un archipel plus varié qu'il n'y paraît
En dehors de la capitale, l'intérêt se déplace vers les falaises calcaires du sud-ouest, hautes de plus de deux cents mètres par endroits, et vers les criques étroites de l'île voisine de Gozo. Ces côtes se photographient tôt le matin, quand la mer est encore lisse et que le calcaire, pas encore chauffé, garde une teinte froide qui contraste avec le bleu.
Le sujet devient alors comparable à celui des côtes espagnoles de Méditerranée, où le calcaire plonge dans la même eau : la page sur les criques et les reliefs des îles espagnoles traite précisément ce rapport entre roche claire et eau transparente.
| Moment | Ce qui est éclairé | Sujet conseillé |
|---|---|---|
| Première heure | Fortifications tournées au sud-est | Bastions vus depuis l'eau, barques du port |
| Milieu de journée | Tout, à la verticale | Rues en escalier, balcons, intérieurs d'églises |
| Dernière heure | Front nord-ouest et pointe | Remparts en lumière rasante, silhouettes sur les créneaux |
| Heure bleue | Éclairage public et ciel équilibrés | Reflets dans le port, vue générale de la ville |
Un principe qui voyage
Une architecture d'un seul matériau se photographie comme un paysage : par l'angle de la lumière et non par la couleur. La démonstration inverse se lit sur une façade couverte de carreaux, où le matériau lui-même apporte la couleur et le motif, ce qu'expose la page sur les azulejos de Lisbonne et les falaises de Madère.