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Lumières d'Ailleurs Photographie de voyage

Méditerranée et îles

Portugal et Madère, façades et falaises

D'un côté des façades entièrement recouvertes de carreaux de faïence, à photographier de près et de face. De l'autre, des falaises volcaniques qui tombent de plusieurs centaines de mètres dans l'Atlantique. Le même pays demande deux façons de regarder opposées.

Méditerranée et îles

Façade entièrement carrelée de faïence bleue et blanche, une fenêtre ouverte avec du linge suspendu, lumière latérale de fin d'après-midi
Une façade carrelée est une surface plane et motivée : elle se photographie de face, comme un tableau.

Lisbonne est bâtie sur une série de collines qui descendent vers l'estuaire du Tage, orienté globalement vers le sud-ouest. Cette orientation explique un phénomène très visible en fin de journée : la lumière ne traverse pas les rues, elle les remonte. Les façades qui regardent le fleuve prennent alors la lumière de plein fouet, et les carreaux de faïence, brillants par nature, la renvoient comme autant de petits miroirs.

Le carreau, l'azulejo, pose une difficulté que peu de matériaux urbains posent : il est à la fois coloré, réfléchissant et régulier. Photographié de biais en plein soleil, il produit des reflets blancs qui effacent le motif. Photographié de face à l'ombre, il révèle le dessin mais perd la vie. La bonne fenêtre se situe entre les deux, quand la façade est éclairée mais que le soleil ne s'y reflète pas directement.

Cadrer une façade comme une surface

Une façade carrelée n'est pas un volume, c'est un plan. Elle se traite donc comme une reproduction : capteur parallèle au mur, verticales bien droites, cadre calé sur le motif plutôt que sur la maison. Dès que l'appareil est incliné, les lignes fuient et le motif se déforme, ce qui donne des images floues d'intention.

Le sujet devient alors le rythme : la répétition du carreau, les accidents, un carreau cassé, une reprise de couleur, une fenêtre qui coupe le motif. C'est un travail proche de celui que demandent les façades ornées d'Europe centrale, où le relief remplace la couleur, comme l'explique la page sur l'ornement baroque de Vienne et de Prague.

Ce qu'il faut regarder à Lisbonne

  • L'orientation de la rue. Les rues qui descendent vers le fleuve reçoivent la lumière du soir sur toute leur longueur.
  • Le brillant du carreau. Il change avec un pas de côté : deux mètres suffisent à faire disparaître un reflet gênant.
  • Le pavé calcaire. Clair, il renvoie de la lumière vers le bas des façades et éclaircit les ombres au sol.
  • Le linge et les balcons. Ce sont eux qui empêchent une façade régulière de devenir une simple texture.

Madère, l'inverse exact

À sept cents kilomètres au large, Madère est une île volcanique dont les côtes tombent parfois de plus de cinq cents mètres directement dans l'océan. Le sujet n'est plus une surface plane mais un volume immense, et la difficulté n'est plus le reflet mais l'échelle. Une falaise photographiée sans repère paraît toujours plus petite qu'elle n'est.

La solution est celle de tous les grands paysages : introduire un objet de taille connue, une maison, une route en lacets, un bateau, une silhouette sur un promontoire. Ce raisonnement est développé sur des étendues encore plus vastes dans la page sur le grand angle et les paysages du monde, où le premier plan devient l'outil principal.

Falaise sombre plongeant dans l'océan, une petite route en lacets s'accroche à mi-hauteur et donne la mesure du relief
La route en lacets sert de repère : sans elle, la falaise pourrait mesurer cinquante mètres comme cinq cents.
Canal d'irrigation étroit longeant une forêt humide, la lumière filtrée par la canopée donne une dominante verte
Sous la laurisylve, la lumière est verte et faible : c'est l'un des rares cas où la balance des blancs demande une vraie correction.

Deux lumières atlantiques

La façade atlantique n'a pas la stabilité de la Méditerranée. À Lisbonne, un vent d'ouest peut amener en une heure une couche de nuages bas qui transforme la lumière dure en éclairage diffus. À Madère, le phénomène est encore plus marqué : le versant nord reste souvent sous les nuages tandis que le sud est dégagé, si bien que l'île propose deux météos simultanées à moins de vingt kilomètres de distance.

Cette instabilité n'est pas un handicap. Un ciel couvert sature les verts, rend les carreaux lisibles et supprime les reflets durs. C'est le même bénéfice que celui décrit sur les côtes du nord de l'Europe, dans la page sur la lumière changeante du littoral breton, où l'éclaircie courte devient un sujet en soi.

Deux terrains, deux méthodes
CritèreLisbonne et le continentMadère
Nature du sujetSurface plane, motif régulierVolume, relief, échelle
Focale utileStandard à courte, capteur parallèle au murGrand angle avec premier plan, ou téléobjectif pour comprimer
Meilleure lumièreFin de journée, ou ciel voilé pour le motifDébut de matinée avant la formation des nuages
DifficultéReflets sur la faïence, verticales fuyantesAbsence de repère d'échelle, versants sous les nuages

Un principe qui voyage

Devant une surface, on cherche le motif; devant un volume, on cherche l'échelle. Cette distinction commande le choix de la focale bien plus sûrement que la mode ou l'habitude. Elle se vérifie dans les villages chaulés du sud de l'Espagne, où le mur devient un fond et non un sujet : voir la page sur les patios andalous et leur lumière blanche.

Elle se vérifie aussi dans les autres archipels de l'Atlantique, où la même roche volcanique produit des reliefs voisins de ceux de Madère : falaises noires, coulées nues et mers de nuages arrêtées à une altitude précise.

À voir ensuite

Pour rester sur des façades urbaines mais avec un ciel plus lourd et une brique sombre, la page sur les façades victoriennes de Londres sous un ciel changeant traite du même travail de surface avec une lumière entièrement diffuse.

Et pour la suite de la rubrique méditerranéenne, la page sur les îles grecques et leur couple bleu et blanc reprend la question des couleurs franches sur un bâti clair.